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French
ISBN 2 906067 64 4
Meja et Maina, deux feunes garçons diplômés, sont arrivés
depuis peu dans la grande ville, espérant y trouver du travail
et accumuler un peu d'argent pour eux ou pour leur famille.
Rejetés de partout, ils ne peuvent manger et dormir que dans
l'abri infect des poubelles. Leur lente déchéance s'annonce
inévitable.

La tentation de revenir au village les taraude sans cesse,
mais, par fierté ou par faiblesse, chacun retarde ce moment le
plus possible. Quand enfin ils s'y décident, c'est pour
découvrir qu'ils n'y ont plus leur place.

Avec ironie et humour, l'auteur décrit la maladresse de Meja
et de Maina, leur pauvreté et la malchance qui les conduisent
inexorablement en prison, le seul endroit qu'ils finissent par
apprécier.
LA BALADE DES PERDUS
Meja Mwangi est né en 1948 à Nanyuki et vit à Nairobi, la capitale du Kenya. Il est très grand et fort et pourrait
faire partie d'une équipe de rugby ! C'est sans doute un peu de cette force physique qu'il met dans les nombreux
livres qu'il écrit depuis 1973. Il est célèbre dans son pays où il a obtenu, dès 1974, le prix littéraire le plus
important, mais aussi à l'étranger où il est considéré, avec Ngugi wa Thiong'o, comme l'un des plus importants
écrivains kenyans contemporains. Cependant, cette célébrité s'arrête aux pays anglo-saxons car, avant Kariuki, il
n'avait, à notre connaissance, encore jamais été traduit en France.

Dans ses écrits, Meja Mwangi constate la faillite de l'évolution du Kenya après les espoirs soulevés par la révolte
contre la domination coloniale : aux actes héroïques des Mau-Mau ont succédé les bidonvilles de Nairobi et les
échecs des hommes politiques. Pire, les héros de la guerre d'indépendance sont devenus ces chauffeurs de
Wa-Benzi - comme on appelle au Kenya les Mercedes -, ces nouveaux-riches profitant honteusement de leur
réussite en perpétuant la pauvreté et la misère des autres.

Lorsque les éditeurs européens lui renvoient ses poèmes en affirmant que l'Ouest a d'autres problèmes, Meja
Mwangi réplique : « Quel aveuglement ! Ils voient la paille dans l'oeil des Africains sans voir la poutre dans le
leur. Je n'écris pas pour le seul Kenya, ni même pour VAfrique. Nos problèmes sont les vôtres et les vôtres sont
les nôtres. D'où vient Vépouvantable gâchis de Nairobi ? Qui nourrit la corruption de nos politiciens ? »

Meja Mwangi ne veut cependant pas faire de la morale. Il met son espoir dans la jeunesse qui saura changer les
choses, "One day sometime", un jour sans doute, sans trop savoir quand cela pourra être. Quant aux adultes, ils
n'ont aucune excuse ; sa génération devrait avoir eu le courage de se révolter :

Les jeunes étaient d'incessants rebelles. Ils n'auraient jamais dû nous laisser en paix. C'est ainsi que les fils
demandaient à leurs pères :
-        Père,
est-il vrai que Von a menti aux analphabètes et que Von a trompé les pauvres ?
Et les pères faisaient un signe de la tête et disaient : oui.
Et les fils demandaient :
-        Est-il vrai aussi
que Von a pris aux affamés le peu qui leur restait à manger ?
Et les pères faisaient un signe de la tête et disaient : oui.
Les fils demandaient encore :
-        Père,
peut-il donc être vrai
que Von ait abattu des femmes enceintes
et dévoré leurs bébés ?
Et les pères faisaient un signe de tête et disaient : oui, c'est vrai !
Les fils étaient déconcertés.


O.B.